by Bernard Roynette and Pierre Vallois
Marc travailla sur la théorie de la pénalisation une petite dizaine d’années, jusqu’en 2009 environ. Il publia sur ce thème avec ses co-auteurs environ une quinzaine d’articles, monographie et livre. Il n’est donc pas question de détailler ici l’ensemble de ses résultats mais seulement d’en esquisser les idées principales.
1. Qu’est ce qu’une pénalisation?
a) Soit
b) Soit par ailleurs
c) Supposons que la propriété suivante soit satisfaite:
Si la propriété
induit une probabilité sur qui est appelée probabilité obtenue par la pénalisation .- Pour tout
, la restriction de à admet une densité et est une -martingale positive et
d) En quoi consiste l’étude d’une pénalisation?
Le processus
Dans la plupart des exemples considérés, bien que la probabilité
e) L’un des premiers exemples de processus pénalisé est sans doute dû à F. Knight [◊] lors de son étude des “taboo processes”, où l’auteur construit dans cet article un mouvement brownien conditionné à rester à l’intérieur d’un intervalle borné. Il faudrait plutôt parler ici de processus conditionné par un événement de probabilité nulle. L’exemple de F. Knight est un cas particulier de pénalisation.
2. Les pénalisations du type Feynman–Kac
Ces pénalisations sont ainsi désignées car la fonctionnelle de pénalisation associée est de la forme:
L’origine de ce travail est l’intérêt que portait Marc aux fonctionnelles browniennes exponentielles et plus particulièrement à la question suivante: quel est l’équivalent, quand
Le processus pénalisé, qui est obtenu comme solution d’une équation différentielle stochastique explicite, est un processus transient alors que le processus de départ, le mouvement brownien linéaire, est récurrent. Par conséquent, la nouvelle probabilité est donc singulière par rapport à la mesure de Wiener. L’explication intuitive de ce résultat est la suivante: d’après
3. D’autres pénalisations
Pendant plusieurs années, jusqu’en 2009 environ, Marc et ses co-auteurs se sont intéressés à d’autres fonctionnelles de pénalisation:
- des fonctions du maximum unilatère, ou du maximum de la valeur absolue, ou du temps local en 0 ou du nombre de descentes, du mouvement brownien linéaire [◊];
- des fonctions du maximum unilatère du pont brownien [◊];
- des fonctions du temps local en 0 pour des processus de Bessel récurrents [◊];
- des fonctions dépendant du nombre de tours ou du module pour le mouvement brownien multidimensionnel [◊];
- des fonctions liées à la longueur des excursions, ou du maximum unilatère après un temps de premier passage, ou des fonctions de fonctionnelles additives browniennes, etc. [◊], [◊] et [◊].
Bien qu’il ne soit pas envisageable de décrire ici l’ensemble des résultats obtenus, faisons toutefois quelques remarques.
Exemple TL (Temps Local)
Soit
converge presque sûrement vers une v.a. notée ; a pour densité , lorsque .
On a ainsi construit sur l’espace canonique du mouvement brownien, une v.a.
4. Une tentative d’unification de différentes pénalisations
Si l’on observe les différentes pénalisations décrites, très brièvement, dans la Section 3, en dépit de la grande variété des fonctionnelles de pénalisation utilisées et des martingales en résultant, en dépit des comportements très divers des processus pénalisés, force est de reconnaitre que tous ces résultats ont “un air de famille”. En particulier, beaucoup de décompositions de trajectoires pénalisées ont un point commun: après un certain temps (qui n’est pas un temps d’arrêt), les trajectoires se comportent comme celles d’un processus de Bessel de dimension 3, alors qu’au départ, un tel processus n’apparaissait nulle part. Cet aspect troublant incitait à se poser la question suivante:
(Q) existe-t-il un cadre plus général — universel? — englobant toutes ou, à défaut, beaucoup de pénalisations?
Bien sûr, une telle question conduit alors à ne plus seulement considérer les pénalisations individuellement mais au contraire
à les regarder “globalement”, en quelque sorte comme fonction de la fonctionnelle de pénalisation. Pour être plus explicite, revenons aux pénalisations de Feynman–Kac introduites dans la Section 1. Notons
Le résultat principal qui répond à (Q) est le suivant:
il existe une famille de mesures
Notons que d’après
Cette mesure
Marc a joué un rôle majeur dans la découverte des mesures
Fait remarquable, non seulement cette mesure
Reprenons pour cela l’exemple TL décrit dans la Section 3. On a alors, et c’est une généralisation
de directe de
Remarquons que la v.a.
En d’autres termes, pour cette pénalisation avec une fonction du temps local en 0, la formule
La construction de cette mesure
Le premier signataire de ce mini-résumé du travail de Marc sur les pénalisations tient à dire que la contribution de Joseph Najundel dans la rédaction de [◊] a été extrêmement importante. Discutant avec Marc, il nous arrivait souvent de parler de la propriété de Joseph ou du théorème de Joseph - cf. en particulier le point 2 du Théorème 1.18 p. 8 de [◊], qui est un point clé ainsi que le Théorème 1.2.14, p. 48 [◊], qui est en quelque sorte un aboutissement de la théorie. Enfin, le chapitre 4, de [◊], consacré à une adaptation — non-triviale! — des résultats de pénalisation à des chaines de Markov “générales” est entièrement dû à J. Najnudel.